Politique étranglée: Drame… LES ORPHELINS DU FLEUVE

“La mort confère des droits et devoirs”
Depuis la funeste matinée du 13 janvier, le Bénin compte de nouveaux orphelins. Ce sont des centaines d’enfants, veufs et veuves qui ne verront plus le visage des leurs noyés sur le chemin de la débrouillardise. Les larmes coulent encore dans cette zone humide et enclavée où le fleuve non asséché refuse de rendre aux familles éplorées leurs corps. La douleur persiste en dépit du temps qui passe. Sous l’ère de la banalisation des drames sociaux, de pauvres gens se sentent abandonnés par la solidarité nationale. Certes pour Karimama et ses sœurs, les réformes se multiplient mais la paupérisation continue. La mal lotie, régulièrement inondée d’eau et de misère risque de renvoyer plus de mômes dans les champs de céréales et de coton qu’à l’école.

Après Tori Avamè qui vit douloureusement, un jeudi, consumer ses fils et filles affamés, ce sont les compatriotes de la zone frontalière avec le Niger de subir les peines d’un mercredi noir. Une barque transportant de braves petits commerçants du village de Goroubéri a chaviré à moins de 200 mètres de la rive qui abrite le marché. Si 64 passagers ont pu être secourus, il est toutefois à déplorer la disparition de près d’une cinquantaine emportée par les vagues. Les interventions des riverains, pêcheurs et marins n’ont pu repêcher à ce jour que moins d’une trentaine de cadavres à associer aux 46 paires de sandales sans propriétaires retrouvées.

Au même moment, l’on se précipite partout pour connaitre le pourquoi du comment de ce drame. Sur ce, je m’en voudrais de ne pas y inscrire au principal dans le relevé causal, l’absence de l’Etat. Selon les informations, l’embarcation aurait été surchargée délibérément. Le conducteur profitant du défaut du dispositif de régulation de pareil trafic dont l’organisation relève normalement de la puissance publique. Difficile d’expliquer au-delà de la cupidité de ces pseudos armateurs ajoutée à la pauvreté des victimes sans choix, le laisser-aller contraire à toutes les normes en la matière. La responsabilité des autorités politiques et administratives à divers niveaux de la chaine de gouvernance est engagée malgré le vent violent prétexté.

Mais en attendant le jugement humain ou divin, les misérables-nés voient l’avenir sombre car privés des soutiens naturels. Les rescapés financièrement, physiquement et psychologiquement abattus, ainsi que les malheureux orphelins du fleuve méritent bien plus que des vivres ponctuellement apportés par la Protection Civile. Non seulement l’assistance morale pas assez venue du sommet de l’Etat aiderait à mieux passer le deuil, mais aussi une intervention opérationnelle et durable pour rassurer des citoyens trop longtemps délaissés, montrerait de façon préventive que de telles erreurs humaines n’émergeraient plus sur ce canal de subsistance.

Parce qu’il faut reconnaitre que les accidents n’ont pas cessé de se produire sur nos cours d’eau. On se rappelle des noyades répétées dans l’Okpara et même récemment que le pont de Kandi et celui prémonitoire de la Sota dans la Commune de Malanville (également un mercredi) ont cédé à la suite des pluies diluviennes qui se sont abattues dans la région. L’analyse pointe l’indifférence et le mépris des gouvernants successifs. Ce n’est point un secret de dire que l’économie béninoise s’appuie sur le transport maritime, mais aussi fluvio-lagunaire. Mais paradoxe pour paradoxe, en dehors de l’attractif Port (poumon économique pour lequel fut érigé le 22 octobre 2008, l’éphémère ministère chargé des affaires maritimes), on se préoccupe très peu de nos cours d’eau intérieurs. Politique étranglée en conclut que l’axe fluvial et lagunaire est véritablement l’enfant malade du transport au Bénin.

✍🏿 Richard ADODJEVO

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